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Février 2013

Mercredi, février 13th, 2013

J’ai rencontré Caroline en consultation sophrologique, le travail qu’elle a fait sur elle est formidable, son cheminement est unique, sa prise de conscience formidable !

Une fois le travail ensemble accompli, je lui ai demandé de m’écrire sa « phénodescription générale » de toute son histoire : sa rencontre avec la sophrologie caycedienne ! Merci encore Caroline pour votre feedback !

 

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« Aidez-moi à me débarrasser de mon anxiété ; je n’en peux plus ; elle m’empêche de vivre, de faire ce que je veux ».

Voilà un exemple très criant des demandes auxquelles nombre de professionnels de la santé sont aujourd’hui confrontés.

Si les causes de l’anxiété sont évidemment multiples (qu’elles soient environnementales, biologiques, psychiatriques, etc.), je dirais juste ceci : qu’importe.

Car l’anxiété est bien là ; et elle lamine.

Au sens littéral, « laminer » signifie « écraser » ; l’on ne saurait alors ignorer de quelle façon l’anxiété est handicapante, paralysante, à contre courant, presque, d’une pulsion de vie qui ne demanderait qu’à s’exprimer.

 

Je m’appelle Caroline Cambronne et je suis psychologue clinicienne en milieu psychiatrique depuis bientôt dix ans.

L’anxiété et l’angoisse sont des mots qui habitent l’enceinte même de l’hôpital.

Les personnes qui en sont atteintes ont ceci de commun qu’elles marchent souvent le corps tendu, la tête baissée, le regard paradoxalement aux aguets.

« J’ai peur », « J’y arriverai pas », « J’ai toujours été comme çà »…

Les pensées s’enchainent.

Elles deviennent « ruminations ».

Ruminations  «mentales ».

Entendons par là que les pensées font effraction dans le psychisme même du patient et qu’elles s’imposent à lui, revêtant ce caractère parfois obsédant dont la personne éprouve, par ailleurs, de grandes difficultés à se défaire.

Et ces « ruminations mentales », comme si cela n’était pas suffisant, s’enchainent avec une telle virtuosité qu’à l’anxiété -si elle n’est pas soignée- peut simultanément se greffer un état dépressif -parfois sévère-, la combinaison des deux troubles relevant alors la terrible entité de « trouble anxio-dépressif majeur».

Dialogue très improbable.

« Tu souffres de quoi ? »

« Je souffre d’un trouble anxio-dépressif majeur»

« Ah…»

 

J’ai envie de dire : et après ?

Le diagnostic est posé, et c’est important.

Mais à bien y réfléchir, le patient n’y gagne pas davantage en moyens de soulager ses symptômes.

 

Demandez à une personne anxieuse de quels maux elle souffre, vous y trouverez tous les symptômes du « malade imaginaire ».

Le « malade imaginaire » est à la fois cet anxieux qui se plaint (il a mal, mais de quoi a-t-il mal au fond ?) et cet anxieux que l’on rejette (« il a toujours mal quelque part ! »).

Et la liste de ses symptômes est très très longue !

Dans le désordre : tremblements, vertiges, insomnies, bouffées de chaleurs, tachycardie, mains moites,  jambes « molles », rougeurs soudaines et incontrôlables en public (éreutophobie), diarrhées « fulgurantes », oppressions thoraciques, colites, migraines, etc.

 

Comment alors ne pas tenir compte de l’incontestable lien qui unit le psychisme au corps, et le corps, au psychisme ?

 

Aucun clinicien ne peut nier l’importance de soulager la douleur physique liée à la souffrance morale et/ou à l’anxiété.

Car de toute évidence, douleur et anxiété se mêlent, partenaires synchronisées, ce qui revient à dire que soulager l’une tend également à diminuer l’autre.

De toute évidence également, la psychothérapie est plus qu’indiquée ; elle est indiquée et nécessaire pour comprendre la genèse du trouble anxieux.

A quel moment de sa vie le patient a-t-il été en difficulté, émotionnellement ? Quels moyens a-t-il alors trouvés pour s’adapter à ce qu’il vivait (séparation, deuil, maltraitance, solitude, accident…) ?

La psychothérapie, qu’elle soit d’obédience analytique ou cognitiviste et comportementale, n’aura pour fonction, au fond, que celle de comprendre la naissance des troubles, d’en comprendre leur sens, puis, et c’est essentiel, d’en déjouer la répétition, ou plutôt, et c’est plus exact, de déjouer le scénario par lequel la problématique du sujet va se répéter, jusqu’à causer les mêmes maux, la même souffrance, la même douleur.

 

De toute évidence encore, le recours à la médication peut s’avérer indispensable.

Cela est valable dans la pathologie psychiatrique ; je pense notamment aux personnes pour qui la symptomatologie anxieuse est au cœur de la prise en charge, à un moment clé: « je suis bouffé par l’angoisse, soulagez-moi, ou… ».

Ou je vais me suicider.

La prescription des psychotropes constitue alors un étayage salutaire, prescription qui n’est pas l’apanage seul de la psychiatrie, rappelons-le[1].

 

Ma vision ne saurait donc être manichéenne.

Il n’y a pas, d’un côté, des « malades mentaux » qui consomment des psychotropes, et de l’autre, des personnes « normales », avec un président « normal », dans une France « normale » qui se tournent vers des  techniques « plus lights », lorsqu’elles sont stressées.

Non.

Il y a des personnes stressées, et partout.

D’un côté comme de l’autre, en somme, et toutes ont intérêt à apprendre à gérer leurs émotions (que ces personnes bénéficient, ou non, d’un traitement anxiolytique « de fond »).

 

Gérer une émotion ?

Est-ce possible ?

Ma réponse est oui.

Définitivement oui.

 

Valérie est une patiente que je suis depuis bientôt quatre ans. Agée de 38 ans, tout lui parait « impossible ».  Bloquée au stade de l’accès à l’autonomie, Valérie a toujours fait des « non choix de vie », pour rester « près de sa mère ».

Pourtant passionnée de musique, Valérie a en effet décliné des études qui l’auraient probablement épanouie si elles n’avaient eu lieu à Paris (« trop loin », « trop dangereux »).

Au même titre, Valérie s’est mariée avec un « copain » de classe qu’elle a rencontré à l’âge de onze ans ; à ses dires, elle ne l’aimait « pas vraiment » ; mais il lui offrait la « garantie » de ne pas être « seule », la « garantie », également, de ne pas avoir à chercher « ailleurs ».

En réalité, Valérie a peur de tout ; le monde entier lui apparait hostile ; parler en public est inconcevable et toutes les tentatives de prise d’autonomie sont avortées, le symbole le plus frappant étant la voiture que Valérie ne conduit plus : une 307 qui se délabre silencieusement dans son garage.

 

Un jour que je la reçois, je m’aperçois que le corps de Valérie suit le chemin que son psychisme emprunte déjà; son corps se rétrécit, se restreint, se crispe, se contrôle.

Valérie s’étrique et le constat est indéniable; les mots seuls, l’intellectualisation seule, la compréhension seule de ce qui se passe, ici et maintenant, ne sont pas suffisants pour soulager la patiente.

C’est ainsi que je propose à Valérie de se tourner vers la Sophrologie Caycedienne, en complément des séances de thérapie individuelle et de groupe qu’elle reçoit déjà à l’hôpital et que je juge par ailleurs primordial de maintenir.

Mon choix n’est évidemment pas irréfléchi ; j’ai découvert la Sophrologie Caycédienne plusieurs années auparavant et elle m’a moi-même été d’un recours important dans ma façon d’aborder la vie.

Partant du constat que la pratique régulière de la sophrologie m’a rendue plus calme et plus sereine, il serait criminel, presque, de ne pas proposer cette approche à la patiente.

 

C’est ainsi que Valérie accepte de tenter « l’expérience ».

Et c’est petit à petit que le changement s’opère.

Certes pas miraculeusement, mais bien progressivement.

 

Car la pratique de la Sophrologie Caycédienne pré-suppose une « vraie » demande.

Demande d’être soulagé des symptômes de dépression et/ou d’anxiété ; demande également -et c’est important- d’être acteur de son mieux-être.

Lorsque Valérie entre dans le soin sophrologique, il lui est clairement signifié que c’est à partir d’entrainements réguliers, et à son initiative seule, qu’elle apprendra à mieux respirer et à moins anticiper les événements de façon catastrophique –mieux, à les aborder de façon positive, sur du plus long terme-.

D’une façon plus large, l’objectif que Valérie se fixe est celui de « conquérir » (sic) son autonomie, à son rythme, et en confiance avec elle-même, comme une sécurité de base qui s’élabore progressivement.

 

 

Ainsi l’anxiété ne saurait -et ne devrait jamais- être envisagée comme une fatalité ou un état irrémédiable.

Si elle peut être soulagée par différents biais, il demeure encore plus souhaitable qu’elle soit soignée par une approche pluridisciplinaire efficace.

A cet égard, la Sophrologie Caycédienne peut constituer un recours précieux.

Reste un ingrédient essentiel, un ingrédient unique et profondément intrinsèque: la motivation. Plus précisément, la motivation au changement.


[1] Les français sont les plus gros consommateurs de psychotropes au sein de l’Union européenne « Le nouvel observateur », 27/10/12