Archive for mars, 2015

Mars 2015

Mercredi, mars 11th, 2015

ÊTES VOUS ADDICT ?

Publication de FACON Elodie, Sophrologue Master Spécialiste à Valenciennes.

La passion amoureuse, si nous l’avons vécu au moins une fois nous nous jurons ensuite que nous ne voulons plus jamais revivre cet état !

Et pourtant nous l’apparentons à chaque relation comme de l’amour. Nous sommes amoureux lorsque nous nous sentons pousser des ailes, le feu brûle en nous, l’autre est sans cesse dans nos pensées, chaque étreinte est vécue intensément et quand l’autre nous manque le monde est dépeuplé !

Sans passion la relation paraît fade, il nous manque ce foutu quelque chose que l’on ne peut nommer …

Malgré le fait de l’avoir vécu, on continue inlassablement à rechercher, à attendre, à espérer cet état. Dans nos lectures ou au cinéma et ce depuis notre tendre enfance nous apprenons que l’état dans lequel la passion nous plonge est l’idéal des amours romanesques et celui que nous devons tous ressentir pour être certain que nous aimons !

Mais dans la réalité, qu’en est-il vraiment ?

 

L’analyse étymologique et diverses définitions de la passion ou l’état dans lequel nous sommes lorsque nous prétendons être amoureux, pourraient nous permettre d’y voir plus clair ou d’estimer notre niveau d’addiction.

La passion nous permet-elle de s’épanouir en amour ?  Qu’implique-t-elle, où nous mène-t-elle ?, Doit-on la rechercher, l’entretenir ou au contraire ne devrait-on pas s’en garder, la fuir, au risque de passer à côté de l’amour « vrai » ?

 

Etymologie et Définition

 

  • Etymologie

 

A défaut de réponses, il est intéressant de constater que l’étymologie du mot passion nous donne des indications sérieuses.

 

Le mot passion apparaît vers 980, à l’époque de Hugues Capet.

Latin : « passio », souffrance, épreuve. Nous connaissons tous la passion du Christ relaté dans le nouveau testament et qui détaille toutes les souffrances et les supplices qui ont conduit ce dernier à la mort.

 

PASSION = SOUFFRANCE

 

« passio » est formé sur « passum » du verbe « patior » qui signifie aussi : souffrir, éprouver, endurer, être victime de. Autrement dit un ensemble d’états dans lesquels un individu est « passif », par opposition aux états dont il est lui-même la cause.

 

PASSION = PASSIVITE DE LA VICTIME, ABSENCE DE VOLONTE

 

Grec : « pathos » que nous retrouvons en français dans les mots liés aux émotions comme « sympathie, antipathie, apathique, empathique » et à la maladie telle que « pathologie, idiopathie, psychopathie ».

 

PASSION = EMOTIONS VIVES ET MALADIES

 

  • Définition

 

Nous n’aborderons ni le sens qui s’applique à une activité ni celui lié à un courant de pensée. Nous nous intéresserons ici seulement au sens lié à la passion amoureuse.

 

Dans la plupart des dictionnaires, nous pourrons retrouver :

« État affectif intense et irraisonné qui domine quelqu’un» (Larousse)

«  Tendance d’origine affective caractérisée par son intensité et par l’intérêt exclusif et impérieux porté à un seul objet entraînant la diminution ou la perte du sens moral, de l’esprit critique et pouvant provoquer une rupture de l’équilibre psychique.» (CNRTL)

« Phénomènes dans lesquels la volonté est passive, notamment par rapport aux impulsions du corps. » (Wikipédia)

« Sentiment d’amour, d’émotion ardent, parfois plus fort que le raisonnement » (Reverso)

 

D’après la psychologie moderne, la passion est généralement définie comme un sentiment ou un désir pervertis ou exagérés ou portés à leur plus haut degré d’intensité.

PASSION = CARACTERE INTENSE ET/OU OBSESSIONNEL DE CET ETAT.

                      DOMINATION SUR L ESPRIT (ABSENCE DE VOLONTE).

                      ETAT AFFECTIF, SENTIMENT AMOUREUX.

 

 

Passion et psychisme

 

  • Mécanisme psychologique de la passion

 

La plus curieuse manifestation de l’automatisme psychologique chez l’homme normal est la passion qui ressemble, beaucoup plus qu’on ne se le figure généralement, à la suggestion et à l’impulsion et qui, pendant un moment, rabaisse notre orgueil en nous mettant au niveau des fous. La passion proprement dite, celle qui entraîne l’homme malgré lui, ressemble tout à fait à une folie, aussi bien dans son origine, dans son développement et dans son mécanisme. Tout le monde sait que la passion ne dépend pas de la volonté et ne commence pas quand nous voulons ; pour prendre un exemple, il ne suffit pas de le vouloir pour devenir amoureux. Bien au contraire, l’effort volontaire que l’on essayerait de faire, la réflexion et l’analyse à laquelle on se livrerait, loin d’amener l’amour proprement dit, irrésistible est aveugle, nous en écarterait infailliblement et ne ferait naître que des sentiments tout contraires. De même, c’est en vain qu’on s’exciterait soi-même à l’ambition ou à la jalousie ; on aurait beau déclarer ces passions utiles ou nécessaires, on ne pourrait pas les éprouver.

Un autre caractère me paraît moins connu et moins analysé par les psychologues, c’est que la passion ne peut commencer en nous qu’à certains moments, lorsque nous sommes dans une situation particulière. On dit ordinairement que l’amour est une passion à laquelle l’homme est toujours exposé et qui peut le surprendre à un moment quelconque de sa vie, depuis quinze ans jusqu’à soixante-quinze. Cela ne me paraît pas exact et l’homme n’est pas toute sa vie, à tout moment, susceptible de devenir amoureux (au sens « passionné »). Parce qu’un homme est bien portant au physique et au moral, qu’il a la possession facile et complète de toutes ses idées, il peut s’exposer aux circonstances les plus capables de faire naître en lui une passion, mais il ne l’éprouvera pas. Les désirs seront raisonnés et volontaires, n’entraînant l’homme que jusqu’où il veut bien aller et disparaissant dès qu’il veut en être débarrassé. Au contraire, qu’un homme soit malade au physique ou au moral, que, par suite de fatigue physique ou de travaux intellectuels excessifs, ou bien après de violentes secousses et des chagrins prolongés, il soit épuisé, triste, distrait, timide, incapable de réunir ses idées, déprimé en un mot, il va tomber amoureux ou prendre le germe d’une passion quelconque à la première et la plus futile occasion. Les romanciers quand ils sont psychologues, l’ont bien compris : ce n’est pas dans un instant de gaieté, de hardiesse et de santé morale que commence l’amour (« passion »), mais dans un instant de tristesse, de langueur et de faiblesse. Il suffit alors de la moindre chose ; la vue d’un visage quelconque, un geste, un mot qui nous aurait l’instant précédent laissé tout à fait indifférent, nous frappe et devient le point de départ d’une longue maladie amoureuse.
Bien mieux, un objet, qui n’avait fait en nous aucune impression, dans un instant où notre esprit mieux portant n’était pas inoculable, a laissé un souvenir insignifiant qui réapparaît dans un moment de réceptivité morbide. Cela suffit, le germe est maintenant semé dans un terrain favorable, il va se développer et grandir.

Il y a d’abord, comme dans toute maladie virulente, une période d’incubation ; l’idée nouvelle passe et repasse dans les rêveries vagues de la conscience affaiblie, puis semble, pendant quelques jours, disparaître et laisser l’esprit se rétablir de son trouble passager. Mais elle a accompli un travail souterrain, elle est devenue assez puissante pour ébranler le corps et provoquer des mouvements dont l’origine n’est pas dans la conscience personnelle. Quelle est la surprise d’un homme d’esprit quand il se retrouve piteusement sous les fenêtres de sa belle où ses pas errants l’ont transportés sans qu’il s’en doute, quand au milieu de son travail il entend sa bouche murmurer sans cesse un nom toujours le même ! Ajoutons que toute idée amène des modifications expressives dans tout le corps qui ne sont pas toujours appréciables pour des étrangers, mais que les sens tactiles et musculaires transmettent à la conscience ; quel doit être alors l’énervement d’un esprit, qui sent à tout moment son organisme révolté commencer des actes qui ne lui ont pas été commandés ! Telle est la passion réelle, non pas idéalisée par des descriptions fantaisistes, mais ramenée à ses caractères psychologiques essentiels.

(Pierre Janet, L’Automatisme psychologique, 1889, PUF, page 465-468 de la 3ème édition, 1899)

 

Comme nous le démontre Pierre Janet, la passion n’est pas anodine tant par le désordre psychique qu’elle entraîne que par  l’altération de l’état de conscience. Bien au delà de ne pas être dans son état « normal », nous sommes face à un état pathologique de la conscience.

 

 

  • conscience altérée= absence de volonté

 

A moindre échelle, on peut rapprocher aussi cela du travail des magiciens. Ils attirent votre attention ailleurs afin de réaliser devant vos yeux un tour de passe passe. Si l’attention n’avait pas été habillement détournée, nous aurions vu le prestidigitateur dissimuler la carte dans sa poche, nos yeux l’ont vus et pourtant, notre attention étant ailleurs, notre cerveau lui, n’a pas traité l’information, vous n’avez pas été conscient de ce qu’il se passait.

 

Nous ne pensons plus, nous ne raisonnons plus lorsque nous sommes sous le coût de la passion. En l’absence de volonté, nous subissons car nous ne sommes plus à même de réfléchir de façon rationnel. Nous ne sommes plus capable de distinguer ce qui est bien ou mal pour nous même. Nous dépendons de nos émotions nous empêchant d’être lucide. Et aussi paradoxale que cela puisse paraître, la passion n’arrive pas par hasard bien au contraire, il faut être affaibli moralement et/ou physiquement.

Absence de volonté=passivité de la conscience.

 

Passion et sentiment

 

C’est maintenant que nous comprenons tout l’intérêt de ces questions :
Que peut apporter la passion à l’amour ?
Quel est le véritable lien qui unit (ou pas) ces deux états qu’on confond ou que l’on associe si souvent ?

 

L’amour est exactement tout l’inverse de la passion.
Quand nous sommes dans la passion nous sommes dans le besoin, qui, non satisfait, se transforme en frustration et en souffrance, quand nous sommes dans l’amour nous sommes au contraire dans le désir et dans l’envie. Certes, l’amour n’est pas non plus totalement exempt de frustration mais l’intensité de cette dernière est loin d’être la même que dans la passion amoureuse.

Passion= déséquilibre, excès, passivité.

Amour=équilibre à 2, plénitude, partage, action, décision.
L’amour c’est avant tout la construction avec l’autre grâce à la connaissance qu’on a de lui avec tout ce qu’il est, ses qualités mais aussi ses défauts. Pour cela, il faut la conscience, la volonté, l’exercice du choix l’implique. La passion est tout à l’opposé. Nous ne sommes pas “objectifs” sur l’autre, sur nous, sur la relation elle-même, nous sommes aveuglés, hypnotisés, fascinés, nous ne voyons pas la réalité et nous nous berçons d’une douce illusion, intense il est vrai mais totalement factice, extrêmement fragile, d’autant plus fragile que nous le sommes particulièrement nous-même lorsque nous la vivons (cette passion).

L’amour c’est la liberté d’être ou de ne pas être avec l’autre. La passion c’est surtout l’esclavage de nos propres émotions (je ne parle même pas  de sentiments).

Dans ces conditions, comment envisager de construire une relation stable, solide, durable ? C’est pratiquement impossible et lorsque la passion parvient à muer en amour, cela relève du miracle et non de la volonté.

 

Passion et conséquences

 

  • Modification de la perception

 

En effet, lorsque nous sommes dominé par la passion amoureuse, nous ressentons toutes les émotions  plus intensément que d’habitude. C’est cet état qui est attirant. Tout est plus grand, plus fort, extraordinaire, plus euphorique. Comme un shoot de drogue, c’est une décharge de sensations affectives hors norme. Il est bien évident que la réalité est tout autre puisque notre perception est déformée.

 

L’alcool a également ce pouvoir magique sur la plupart d’entre nous. Le récit d’une même soirée perçu par deux personnes différentes dont une sous l’emprise de l’alcool s’avère être  le plus souvent totalement différent. Nous en venons même à nous demander si ces deux personnes étaient à la même soirée !

 

Tout comme le plaisir qu’on prend à la passion, lorsque l’on consomme drogue et/ou alcool les bienfaits sont insidieux et imaginaires.

Peut-on dire que l’on aime une personne lorsque notre perception est dénaturée ou seulement lorsque nous percevons réellement cette personne et la relation que nous avons avec elle  en pleine conscience ?

 

  • Modification de l’état de conscience

 

La drogue et l’alcool ne modifie pas seulement la perception de la réalité mais modifie également notre état de conscience. Après une soirée bien arrosée, nous nous apercevons, les effets du breuvage estompés, nous avons eu un comportement bien souvent inhabituel et associé à des actes complètement absurdes.

Nous conviendrons également qu’en état « normal », nous n’aurions jamais fait toutes ces choses incohérentes, extravagantes, irréfléchies voir même dangereuses.

Nous pouvons donc admettre que notre conscience est à la base de nos choix et de notre libre arbitre. Si notre état de conscience est modifié, notre volonté est également annihilée.

 

Peut-on juger quelque chose objectivement si nous ne la percevons pas  correctement ?

Comment alors juger la personne et  la viabilité de la relation si nous ne la percevons pas réellement en état de conscience normale?

IMPOSSIBLE.

 

Lorsqu’on est sous le coup de la passion ou l’état amoureux nous sommes incapables de juger de ce qui est bon ou pas et même si dans des moments de lucidité nous nous disons que l’histoire ne mène à rien, nous avons vite fait de continuer de foncer dans le mur parce que la conscience est bien trop faible et la raison ne parle plus.

 

  • Conséquences

 

  1. Dépression :

 

Tout comme lorsque nous avons bu, nous aimons l’état dans lequel nous nous trouvons et nous avons envie de rester dans l’illusion que provoque l’alcool. Mais nous savons tous qu’il y a des conséquences plus ou moins désagréables voir destructeurs.  Nous ne pouvons donc pas demeurer éternellement dans l’enchantement des sens tout aussi agréable que cela puisse paraître.

 

L’intensité et la puissance des émotions ressentis étant tellement importantes qu’elle engendre irrémédiablement des effets désastreux tant sur le plan physique que psychique. A moins d’être un super héros, nous ne possédons pas les capacités pour supporter toute une vie une telle intensité d’émotions. De la même manière que pour l’alcool et les drogues, ils peuvent affecter notre équilibre et à terme nous mener à notre perte.

 

Quelque soit les produits ingérés, il y a toujours à un moment donné la descente. L’effet des drogues ou de l’alcool s’estompant, c’est le douloureux retour à la réalité.

C’est irrémédiable !

Quelque soit le paradis artificiel dans lequel nous nous trouvons, nous finissons toujours par revenir sur terre.

Dans le cas de la passion, les couples s’en remettent rarement. Lorsque la vie dite normale reprend son cours, tout nous apparaît insipide, fade, sans intérêt.

 

  1. Addiction

 

Avec la passion, le problème c’est donc que tout ce qui habituellement « banal » semble dès lors tellement mieux, plus vif, plus intéressant, plus drôle, plus  « fun » que lorsque l’on revient à la réalité, il est normal qu’on trouve tout d’un ennui mortel. La tentation de vouloir à nouveau se retrouver dans cet état de perception altérée est grande.

 

On sait bien que pour se remettre des moments de dépression incroyables faisant suite à l’euphorie et à leur incapacité à encaisser une réalité bien fade, les drogués ressentent un impérieux besoin de se shooter à nouveau. Cercle vicieux de l’addiction.

 

 

  1. Désensibilisation à la réalité

 

Par la suite nous finissons par être incapable de trouver le moindre intérêt dans une histoire sans passion. A vivre les choses trop intensément nos sens sont comme anesthésiés.  Si l’on prend l’exemple au niveau du goût, en mangeant des plats très épicés, tous les autres plats peu assaisonnés paraîtront fades. Bref  à sur-utiliser nos sens, on finit par les désensibiliser.  Il en va exactement de même pour les émotions. A vivre des émotions trop fortes, nous finissons par ne plus les ressentir.

 

  1. Spirale de l’échec

 

Le fait de devenir insensible aux sentiments « normaux » a de fortes chance de nous faire passer à côté de vraies belles histoires profondes et durables même si elles paraîtront forcément plus fades comparées aux histoires vécues passionnément.  Donc, non seulement  la passion fait capoter la relation présente mais par contrecoup risque de nous empêcher  de vivre autre chose par la suite.

 

En résumé

 

La passion n’est pas l’amour.
La passion entraîne deux individus dans une fiction affective forte mais irréelle. Nous ne pouvons aisément pas l’assimiler à l’amour !

Sachant que l’amour s’ancre dans la réalité et le concret.

 

Que ce soit à travers l’histoire, l’étymologie, ses définitions ou même à travers la psychologie moderne nous retrouvons toujours les mêmes notions : souffrance, absence de volonté,  déformation de la réalité, déséquilibre morale et physique, addiction, obsession, dépression …

Ce constat ne peut être nié !
Si la quête que nous menons est celle de l’amour alors, non seulement il n’y a aucun regret à abandonner l’idée de la passion amoureuse, mais plus encore, il faut la fuir,

même si les habitudes sont difficiles à modifier lorsqu’elles sont installées depuis longtemps.

 

Néanmoins nous sommes à même de la reconnaître lorsqu’elle pointe le bout de son nez et nous pouvons la combattre afin d’avoir la possibilité de vivre une « vrai » belle histoire.

Même si l’intensité est moindre, cette dernière n’est pas un gage de bonheur sur le long terme. Une relation amoureuse n’est pas un sprint mais une course de fond.